Comment les dermatologues naviguent dans les étiquettes dermocosmétiques et la complexité des ingrédients
Dermocosmétique en clinique : où étiquettes, science et pratique se rencontrent
La présence croissante de la dermocosmétique dans les soins dermatologiques quotidiens a créé de nouveaux défis pour les cliniciens qui tentent de séparer les produits utiles et fondés sur des preuves des messages marketing qui n’aident pas les soins des patients.
Une étude brésilienne récente offre un aperçu de la manière dont les dermatologues lisent les étiquettes, interprètent les revendications et font des recommandations de produits — et elle révèle des lacunes qui pourraient affecter à la fois les habitudes de prescription et la sécurité des patients (Source : Vendruscolo CW et al., “Information Gaps and Practical Barriers in the Recommendation of Cosmetic Products by Dermatologists,” Dermatological Reviews, 2025).
Conception et approche de l’étude
Les chercheurs ont utilisé un outil d’entretien structuré pour capturer la pratique dans le monde réel : 118 dermatologues ont complété un instrument de 29 questions qui mélangeait des items à choix multiples et des questions ouvertes pour recueillir à la fois des chiffres et des points de vue nuancés (Source : Vendruscolo et al., Dermatological Reviews, 2025).
Ce design a permis aux chercheurs de quantifier les schémas de prescription tout en explorant des barrières pratiques telles que la clarté des étiquettes, les sources d’information et la compréhension des termes cosmétiques courants (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Fréquence des recommandations de dermocosmétique par les dermatologues
L’étude renforce l’idée que les recommandations cosmétiques sont désormais courantes en dermatologie : 85,6 % des répondants ont déclaré prescrire des dermocosmétiques à plus de trois quarts de leurs patients (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Les catégories de produits les plus fréquemment recommandées étaient les crèmes solaires, les nettoyants et les formulations anti-âge — reflétant une approche préventive qui met l’accent sur la photoprotection, le soin de la barrière cutanée et la réduction des effets du vieillissement extrinsèque (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Barrières techniques et ambiguïté réglementaire
Malgré une utilisation répandue, les dermatologues ont signalé des difficultés constantes à interpréter les étiquettes des produits : 84,7 % ont déclaré que les informations sur l’étiquette sont importantes pour leurs recommandations, mais 77,1 % ont constaté que ces informations ne sont pas toujours claires (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Les participants ont classé les listes d’ingrédients comme le facteur le plus influent dans la décision des produits à recommander (78,8 %), mais ils ont également désigné les listes d’ingrédients comme la partie la plus difficile d’une étiquette à interpréter (30,2 %) (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Une des causes profondes est la nomenclature technique utilisée pour les ingrédients, notamment la Nomenclature Internationale des Ingrédients Cosmétiques (INCI). Bien que l’INCI fournisse des noms standardisés, elle ne communique pas des détails cliniquement critiques tels que la concentration, la biodisponibilité, la stabilité ou la tolérance, laissant les cliniciens avec des informations incomplètes (Source : Personal Care Products Council, documentation du système INCI).
L’absence de définitions harmonisées pour des termes marketing comme “naturel”, “bio” et “hypoallergénique” complique encore la situation ; ces étiquettes peuvent suggérer sécurité ou pureté mais ne sont pas systématiquement liées à des critères scientifiques ou des seuils réglementaires (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Pourquoi les lacunes étiquetées sont importantes
Parce que les étiquettes omettent souvent la concentration et les données cliniques, les dermatologues ne peuvent pas toujours juger si un produit sera efficace ou sûr pour un patient donné uniquement sur la base de l’emballage, en particulier pour des groupes vulnérables comme les femmes enceintes ou celles ayant une peau sensible (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Cette incertitude peut entraîner des variations dans les recommandations entre cliniciens et augmenter le risque de choix sous-optimaux pour les patients recherchant des soins fondés sur des preuves (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Lacunes de connaissances et sources d’information pour les cliniciens
L’étude a également exploré la compréhension conceptuelle des termes cosmétiques courants et a trouvé une interprétation incohérente même parmi les experts : tous les participants ont déclaré comprendre “SPF 30”, mais seulement 66 % ont pu définir correctement le terme lorsqu’on leur a demandé (Source : Vendruscolo et al., 2025).
De même, 93 % ont déclaré être familiers avec le mot “sérum”, mais moins de la moitié ont pu expliquer sa signification technique en termes de formulation ou de performance attendue (Source : Vendruscolo et al., 2025).
La communication de l’industrie joue un rôle majeur dans la formation des recommandations : 94,9 % des dermatologues ont déclaré s’appuyer sur des représentants médicaux pour obtenir des informations sur les produits, tandis que les congrès scientifiques et les publications ont été cités par 81,4 % et 73,7 % des répondants, respectivement (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Il est important de noter que 39 % des cliniciens ont déclaré manquer d’accès à des matériaux de référence fiables qui soutiendraient les recommandations cosmétiques ; en leur absence, beaucoup se tournent vers Internet (22 %) ou des matériaux fournis par l’industrie (16,9 %), des sources qui peuvent varier en objectivité et en rigueur (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Conséquences pratiques des lacunes d’information
Lorsque des ressources indépendantes et fiables font défaut, les cliniciens peuvent adopter des pratiques incohérentes ou s’appuyer sur des documents promotionnels qui mettent en avant les avantages sans preuves cliniques claires — une situation qui peut compromettre la sécurité et la confiance des patients (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Perceptions des produits “naturels” et risque de greenwashing
L’enquête a montré une large variation dans la manière dont les dermatologues définissent et jugent les produits naturels. Alors que 61,6 % considéraient les produits naturels comme aussi sûrs que les cosmétiques conventionnels, la signification réelle de “naturel” variait d’une formulation entièrement d’origine végétale à des compositions partiellement naturelles (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Cette incohérence reflète une ambiguïté réglementaire plus large et soulève des inquiétudes concernant le greenwashing — un marketing qui implique des avantages environnementaux ou de sécurité non étayés par la composition ou les tests du produit (Source : Vendruscolo et al., 2025).
La plupart des dermatologues de l’étude ont donné la priorité à la validation scientifique plutôt qu’à l’origine des ingrédients lors de l’évaluation de la sécurité ; 52,8 % ont identifié le test clinique comme le critère le plus important pour juger si un produit est sûr et efficace (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Ce que les dermatologues souhaitent : des preuves plus claires et des termes harmonisés
Dans l’ensemble, les cliniciens ont exprimé un fort désir d’obtenir de meilleures informations standardisées de l’industrie cosmétique. Les besoins prioritaires incluent une divulgation plus claire de la composition des ingrédients, des concentrations actives, des mécanismes d’action et des données documentées sur l’efficacité et la sécurité — en particulier pour des populations spéciales comme les patientes enceintes (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Les répondants ont appelé à un rapport transparent des données cliniques et à des définitions harmonisées des termes marketing couramment utilisés afin que les revendications des étiquettes correspondent à la réalité scientifique et que les cliniciens puissent faire des recommandations confiantes et cohérentes (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Points pratiques pour les cliniciens et l’industrie
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Les cliniciens doivent être conscients que les noms INCI n’indiquent pas la concentration ou la performance clinique, et une attention particulière est nécessaire lors de l’évaluation des étiquettes (Source : Personal Care Products Council, documentation du système INCI).
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Lorsque cela est possible, recherchez des preuves évaluées par des pairs ou des données de tests indépendants plutôt que de vous fier uniquement à la documentation promotionnelle et aux briefings des représentants (Source : Vendruscolo et al., 2025).
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Plaidez pour un étiquetage plus clair qui inclut des concentrations actives, des résultats cliniques et des informations sur la tolérance pour soutenir des recommandations plus sûres et plus standardisées (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Conclusion
Cette étude brésilienne met en lumière un fossé entre le rôle central de la dermocosmétique en dermatologie et les informations limitées, parfois confuses, disponibles pour guider des recommandations sûres et efficaces (Source : Vendruscolo et al., 2025).
Une meilleure transparence de la part des fabricants, une terminologie harmonisée et de meilleures ressources éducatives indépendantes aideraient les cliniciens à traduire les étiquettes des produits en décisions de soins fiables — améliorant finalement les résultats pour les patients et la confiance dans les recommandations (Source : Vendruscolo et al., 2025).
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Sources
- Vendruscolo CW, Bagatin E, Leonardi GR. “Information Gaps and Practical Barriers in the Recommendation of Cosmetic Products by Dermatologists: Evidence From a Brazilian Study.” Dermatological Reviews 6 (2025): 1-8. https://doi.org/10.1002/der2.70059 (Source : Vendruscolo et al., Dermatological Reviews, 2025).
- Personal Care Products Council. Documentation et guide du système de Nomenclature Internationale des Ingrédients Cosmétiques (INCI) (Source : Personal Care Products Council, documentation du système INCI).