Points forts de l’EADV 2026 : Progrès à long terme dans le traitement du psoriasis et nouvelles cibles thérapeutiques
Ce qui s’est passé le 3e jour du congrès EADV 2026 — et pourquoi c’est important pour les personnes atteintes de problèmes de peau
Le troisième jour du congrès de l’European Academy of Dermatology and Venereology (EADV) à Vienne s’est concentré sur des recherches pratiques qui ont un impact direct sur les soins quotidiens. Médecins et chercheurs ont partagé de nouvelles données concernant le psoriasis, l’hidrosadénite suppurée (HS), la dermatite atopique (eczéma), les troubles capillaires, ainsi que la façon dont les problèmes de peau courants peuvent se présenter différemment sur les peaux foncées.
Voici un résumé clair des principales découvertes et de ce qu’elles signifient pour les personnes concernées. J’explique les termes médicaux quand c’est nécessaire et je précise quand les résultats proviennent de rapports d’entreprises ou de présentations au congrès, plutôt que d’études indépendantes à long terme.
Résumé rapide
Les avancées clés comprenaient :
- Des résultats à plus long terme pour un médicament oral contre le psoriasis, montrant une amélioration durable jusqu’à deux ans (rapporté par l’entreprise).
- Des données d’essais comparatifs pour un nouvel inhibiteur oral de TYK2, montrant une amélioration plus rapide et plus marquée que celle d’un médicament TYK2 oral déjà approuvé (présenté au congrès).
- De nouveaux résultats de phase 3 pour un bloqueur d’IL-17A dans l’hidrosadénite suppurée, avec des réponses plus profondes chez différents groupes de patients (rapportés par l’entreprise).
- Des sessions soulignant que la dermatite atopique est une maladie très variable qui peut nécessiter des traitements plus personnalisés.
- Des interventions sur la façon dont les problèmes de peau peuvent se manifester différemment sur les peaux foncées, ce qui influence le diagnostic.
- Des discussions sur les liens possibles entre certains médicaments pour la perte de poids (thérapies GLP-1) et les changements capillaires, ainsi que de nouvelles recherches sur la biologie des follicules pileux.
Psoriasis : l’icotrokinra oral a montré un bénéfice durable jusqu’à deux ans
Le psoriasis qui touche le cuir chevelu, les parties génitales, les mains, les pieds ou les ongles peut être particulièrement gênant car il affecte la vie quotidienne et la confiance en soi. De nouvelles données de phase 3, présentées en avant-première, montrent qu’une prise quotidienne d’icotrokinra par voie orale permet une nette amélioration et un maintien de la clarté de la peau pendant deux ans chez les personnes atteintes de psoriasis dans ces zones difficiles.
Dans l’essai ICONIC-TOTAL, la proportion de patients avec une peau claire ou presque claire est passée de 57 % à la semaine 16 à 67 % à la semaine 24, puis 70 % à la semaine 112. Plus précisément, à deux ans, 60 % des patients avaient un psoriasis du cuir chevelu complètement guéri, 89 % un psoriasis génital totalement clair, et 63 % un psoriasis des mains et pieds complètement résolu.
Les améliorations des ongles se sont aussi poursuivies dans le temps. L’essai a montré une amélioration moyenne du score de sévérité des ongles de 33 % à la semaine 16, 62 % à la semaine 52, et 71 % à la semaine 112. Aucun nouveau signal de sécurité n’a été relevé jusqu’à la semaine 112.
Ces résultats, issus d’une annonce de l’entreprise, confirment l’idée qu’un médicament oral pourrait offrir un contrôle durable pour les patients dont le psoriasis touche des zones à fort impact. Comme toujours avec une source unique, il faut rester prudent et discuter des options de traitement avec un dermatologue. (Source : communiqué de presse Johnson & Johnson)
Psoriasis : un nouveau médicament oral TYK2 a montré une amélioration plus rapide et plus profonde dans un essai comparatif
Une autre option orale présentée était le zasocitinib, un inhibiteur sélectif de TYK2. TYK2 est une protéine impliquée dans la signalisation immunitaire qui peut déclencher l’inflammation du psoriasis. Dans un essai de phase 3 comparatif présenté au congrès, le zasocitinib à 30 mg une fois par jour a permis un taux plus élevé de peau totalement ou presque totalement claire à la semaine 16, comparé au deucravacitinib 6 mg, un inhibiteur oral de TYK2 déjà approuvé.
L’essai a montré de meilleurs résultats sur des critères comme le PASI 100 (peau complètement claire) et le PASI 90 (peau presque claire). La différence en faveur du zasocitinib est apparue dès la semaine 8. Des analyses complémentaires de phase 3 ont montré que beaucoup de patients ayant répondu à la semaine 24 ont conservé cette amélioration lors du suivi prolongé, avec jusqu’à 93 % des répondeurs maintenant une peau claire.
Les patients ont aussi rapporté une amélioration rapide des démangeaisons et de leur qualité de vie. Ces résultats présentés à l’EADV renforcent l’idée que les inhibiteurs sélectifs de TYK2 peuvent être une option orale efficace pour le psoriasis en plaques modéré à sévère. Comme toujours, il est important de discuter avec votre médecin des avantages et des risques de tout médicament. (Source : présentations de l’essai LATITUDE)
Hidrosadénite suppurée : l’izokibep a donné des réponses plus profondes dans les essais de phase 3
L’hidrosadénite suppurée (HS) est une maladie inflammatoire chronique qui provoque des nodules douloureux et des tunnels sous la peau, souvent au niveau des aisselles, de l’aine et sous les seins. De nouvelles données de phase 3 ont évalué l’izokibep, un médicament ciblant l’IL-17A, une protéine impliquée dans l’inflammation.
Comparé au placebo, un nombre significativement plus élevé de patients sous izokibep a atteint des niveaux d’amélioration plus stricts à la semaine 12. L’essai a utilisé le score international de sévérité de l’hidrosadénite suppurée (IHS4) et a rapporté :
- IHS4-75 (amélioration de 75 %) chez 32,8 % des patients sous izokibep contre 18,6 % sous placebo
- IHS4-90 chez 23,6 % contre 8,1 %
- IHS4-100 (réponse clinique complète) chez 17,5 % contre 6,4 %
Ces réponses ont été maintenues jusqu’à la semaine 32 chez les patients initialement traités par izokibep. Ceux qui ont commencé avec le placebo puis ont reçu le médicament actif ont aussi montré une amélioration après le changement de traitement. Ces résultats marquent une avancée vers la mesure de niveaux plus profonds de contrôle de la maladie en HS, au-delà d’un simple seuil de réponse. Ces données ont été annoncées par l’entreprise et présentées au congrès. (Source : communiqué de presse Affibody)
Dermatite atopique : une maladie plus diverse qu’on ne le pense
La dermatite atopique, souvent appelée eczéma, a été un sujet majeur du congrès. Plusieurs sessions ont souligné que même si l’activité immunitaire dite « de type 2 » joue souvent un rôle important dans l’eczéma, la maladie ne se présente pas de la même façon chez tout le monde.
Les chercheurs ont expliqué que l’âge d’apparition, l’origine ethnique, le taux d’IgE dans le sang (un marqueur souvent lié aux allergies) et d’autres facteurs peuvent modifier le profil immunitaire de la maladie et son aspect sur la peau. Par exemple, un eczéma qui débute tardivement peut avoir des caractéristiques et des signaux immunitaires différents d’un eczéma apparu pendant l’enfance.
Comprendre ces différents « endotypes » pourrait aider les médecins à proposer des traitements plus personnalisés à mesure que des options ciblées se développent. Des sessions dédiées à la pédiatrie ont aussi abordé le traitement systémique de maladies eczémateuses rares et congénitales qui peuvent ressembler à l’eczéma ou l’inclure. (Source : programme scientifique EADV)
Diagnostiquer les problèmes de peau sur les peaux foncées
Un thème récurrent a été la nécessité de mieux reconnaître que les problèmes de peau courants peuvent se manifester différemment sur les peaux foncées. Les présentations ont porté sur des affections comme la dermatite atopique, le psoriasis, la dermatite séborrhéique et l’acné.
Par exemple, l’eczéma chez les personnes à peau foncée peut se présenter plus souvent sous forme folliculaire (touchant les follicules pileux), papuleuse (petits boutons), lichenifiée (peau épaissie) ou prurigineuse avec nodules (lésions qui démangent). Se fier uniquement à la rougeur peut entraîner des diagnostics manqués ou retardés, car la rougeur est souvent moins visible sur les peaux foncées.
Le message essentiel est que les professionnels de santé doivent regarder au-delà de la rougeur et prêter attention à la texture, aux bosses et aux changements de couleur lors de l’examen des peaux de couleur. Cette approche peut réduire les retards de diagnostic et améliorer la prise en charge. (Source : programme scientifique EADV)
Perte de cheveux et thérapies GLP-1 : ce que surveillent les dermatologues
Des sessions ont aussi exploré les troubles capillaires et l’impact possible de certains médicaments systémiques récents. Les agonistes du récepteur du glucagon-like peptide-1, appelés thérapies GLP-1, sont très utilisés aujourd’hui pour le diabète et la gestion du poids. Les dermatologues voient de plus en plus de patients qui se demandent si ces traitements pourraient être liés à des modifications des cheveux.
Les conférences ont fait le point sur ce qui est connu à ce jour, en insistant sur le fait que les preuves sont encore en évolution. Des chercheurs ont aussi présenté des travaux préliminaires sur le contrôle des follicules pileux via des voies microARN et d’autres mécanismes, ce qui pourrait ouvrir la voie à de futurs traitements au-delà des options actuelles.
Avec la multiplication des médicaments utilisés pour des problèmes non dermatologiques, les dermatologues sont de plus en plus impliqués dans la reconnaissance et la gestion des effets possibles sur la peau, les cheveux et les ongles. Il est important que les patients signalent tout nouveau symptôme à leur médecin prescripteur ainsi qu’à un dermatologue. (Source : programme scientifique EADV)
Ce que cela signifie
Le troisième jour du congrès EADV a clairement mis en lumière une tendance vers des traitements plus ciblés et durables, ainsi qu’une prise en charge plus personnalisée. Les essais ont montré un contrôle à plus long terme du psoriasis avec un médicament oral, des preuves comparatives pour un nouvel inhibiteur TYK2, des mesures de réponse plus approfondies en HS, et une attention croissante à la diversité de l’eczéma et d’autres affections selon l’âge et la couleur de peau.
Beaucoup de ces résultats ont été présentés au congrès ou rapportés par des entreprises. Cela signifie qu’ils sont importants à suivre, mais il faut les interpréter avec prudence en attendant que des études indépendantes à plus long terme confirment l’efficacité de ces traitements dans la vie réelle.
Quand consulter un médecin
Consultez un dermatologue ou votre médecin traitant si vous avez :
- Des modifications de la peau douloureuses, qui s’aggravent rapidement, saignent ou montrent des signes d’infection (pus, rougeur qui s’étend, chaleur).
- Une éruption persistante ou qui s’étend, gênant votre sommeil, votre travail ou votre vie quotidienne.
- Une perte de cheveux nouvelle ou inexpliquée, surtout si elle est soudaine ou par plaques.
- Un doute sur un diagnostic ou les options de traitement pour une maladie de peau chronique.
Les choix de traitement peuvent être complexes. Si vous envisagez un médicament sur ordonnance ou avez des questions sur les effets secondaires, parlez-en à un professionnel de santé pour bien peser les avantages et les risques.
Suivre les changements visibles
Si vous avez une éruption qui évolue, un grain de beauté, une plaie qui guérit lentement ou une nouvelle chute de cheveux, prendre des photos régulièrement peut être utile. Ce suivi simple facilite la détection des signes d’aggravation et permet de montrer à votre médecin ce qui a changé depuis votre dernière consultation.
Avertissement
Cet article résume des recherches présentées lors du congrès EADV et des annonces d’entreprises. Il est fourni à titre informatif et ne remplace pas un avis médical. Les décisions de traitement doivent être prises avec votre professionnel de santé. En cas de symptômes graves ou de changements soudains de la peau, consultez rapidement.
Sources
- Johnson & Johnson. Johnson & Johnson annonce de nouvelles données sur ICOTYDE (icotrokinra) dans le psoriasis en plaques difficile à traiter, avec une durabilité prouvée jusqu’à 2 ans, confirmant son usage comme thérapie systémique puissante de première intention. (Communiqué de presse de l’entreprise)
- Stein Gold L., Reich A., Toth D., et al. Zasocitinib, un inhibiteur oral TYK2 hautement sélectif, pris une fois par jour, montre une meilleure clairance cutanée (PASI 100) que deucravacitinib, un inhibiteur oral TYK2 approuvé, avec un profil de sécurité constant dans le psoriasis en plaques modéré à sévère : résultats d’un essai randomisé de phase 3 comparatif intraclasse (LATITUDE Atlas). Présenté au congrès EADV ; 30 septembre–3 octobre 2026 ; Vienne, Autriche.
- W., Stein Gold L., Bunick C. Zasocitinib, un inhibiteur oral TYK2 hautement sélectif, pris une fois par jour, démontre une efficacité durable jusqu’à 60 semaines chez des adultes atteints de psoriasis en plaques modéré à sévère : résultats de deux essais randomisés de phase 3 (LATITUDE-PsO-3001 et 3002). Présenté à l’EADV 2026.
- Affibody. Affibody annonce de nouvelles données sur izokibep à l’EADV 2026 montrant une efficacité à travers différents sous-groupes de patients et des critères cliniques stricts. (Communiqué de presse de l’entreprise)
- European Academy of Dermatology and Venereology. Programme scientifique du congrès EADV 2026. (Programme scientifique EADV)
- Enveda. Enveda annonce une présentation orale en late-breaker de nouvelles données mécanistiques et de biomarqueurs issues de l’essai de phase 1b d’ENV-294, un potentiel traitement oral de première classe pour la dermatite atopique modérée à sévère. (Annonce de l’entreprise)