Dermatite eczĂ©matiforme infectieuse (CIM-10 : L30) đš
Dermatite eczĂ©matoĂŻde infectieuse : inflammation autour dâun foyer infectieux
La dermatite eczĂ©matoĂŻde infectieuse — affection Ă laquelle cette page Ă©tait auparavant intitulĂ©e « eczĂ©ma microbien » — nâest pas une forme primitive dâeczĂ©ma. Il sâagit dâune rĂ©action eczĂ©mateuse de la peau entourant un foyer infectieux localisĂ©, Ă Ă©coulement chronique, entretenue par lâinfection persistante et par lâirritation due Ă lâĂ©coulement lui-mĂȘme. Il convient dâemblĂ©e de prĂ©ciser que cette appellation est utilisĂ©e de maniĂšre variable : de nombreux cliniciens anglophones dĂ©criraient les mĂȘmes cas comme un eczĂ©ma secondairement infectĂ©, une dermatite infectĂ©e, ou simplement une dermatite autour dâune plaie ou dâun ulcĂšre, et il ne sâagit pas dâun diagnostic uniformĂ©ment dĂ©fini. Les sources sous-jacentes habituelles sont une plaie infectĂ©e, un ulcĂšre chronique, un sinus drainant ou un Ă©coulement chronique de lâoreille ; la dermatite se dĂ©veloppe alors dans la peau environnante. Ce que ce terme dĂ©signe est une observation clinique utile â Ă savoir que lâeczĂ©ma siĂšge autour dâun foyer microbien, et que traiter la peau sans sâoccuper de ce foyer tend Ă dĂ©cevoir.
Lâaspect est Ă©vocateur sans ĂȘtre spĂ©cifique. Les plaques sont bien limitĂ©es, souvent asymĂ©triques, ponctuĂ©es de pustules en pĂ©riphĂ©rie, et recouvertes de croĂ»tes jaunes ou couleur miel sur une base humide et suintante â des constatations qui se voient aussi dans lâimpĂ©tigo, dans les plaies infectĂ©es et dans la dermatite de contact allergique. Elles apparaissent lĂ oĂč la barriĂšre est dĂ©jĂ rompue et oĂč les bactĂ©ries sont installĂ©es â autour dâune plaie ou dâune cicatrice chirurgicale, au bord dâun ulcĂšre de jambe, autour dâune stomie ou dâune fistule, derriĂšre lâoreille dans une otite externe chronique, Ă la commissure des lĂšvres, ou sur une jambe atteinte de maladie veineuse.
Staphylococcus aureus est lâorganisme le plus souvent isolĂ© et les streptocoques viennent ensuite, mais la peau de ce type est colonisĂ©e quâelle soit infectĂ©e ou non, et ce qui pousse sur un prĂ©lĂšvement varie selon le site et la plaie sous-jacente. Une culture positive nâĂ©tablit pas que lâorganisme est la cause de lâeczĂ©ma. Un mĂ©canisme proposĂ© est que des produits bactĂ©riens agissent comme superantigĂšnes, dĂ©clenchant une rĂ©ponse immunitaire disproportionnĂ©e dans la peau environnante, ce qui expliquerait pourquoi lâinflammation sâĂ©tend bien au-delĂ du foyer â mais il sâagit dâun modĂšle plutĂŽt que dâune explication Ă©tablie.
La terminologie varie selon les traditions : certains cliniciens rĂ©servent « infective eczematoid dermatitis » Ă ce mode rĂ©actionnel, dâautres lâemploient pour tout eczĂ©ma secondairement infectĂ©, et le terme apparaĂźt davantage dans certaines littĂ©ratures europĂ©ennes que dans la dermatologie anglophone. Lâessentiel clinique demeure malgrĂ© ce dĂ©saccord : lorsquâun foyer bactĂ©rien siĂšge au centre de lâeczĂ©ma, traiter la peau seule a peu de chances dâen venir Ă bout.
Facteurs prédisposants : pourquoi la dermatite eczématoïde infectieuse se développe
- Une rupture prĂ©existante de la peau : Une plaie, un ulcĂšre, une brĂ»lure, une fissure, une griffure ou un site opĂ©ratoire fournit Ă la fois la porte dâentrĂ©e et le rĂ©servoir.
- Un Ă©coulement chronique : Lâexsudat dâune plaie, lâĂ©coulement auriculaire, le dĂ©bit dâune fistule ou la salive aux commissures maintiennent la peau pĂ©riphĂ©rique macĂ©rĂ©e et colonisĂ©e.
- Lâinsuffisance veineuse : La peau de la partie infĂ©rieure de la jambe, dĂ©jĂ congestive et inflammatoire, est lâun des sites les plus frĂ©quents.
- LâeczĂ©ma prĂ©existant : La peau atopique prĂ©sente des taux plus Ă©levĂ©s de colonisation par S. aureus, ce qui rend cette rĂ©action plus probable.
- Lâocclusion et lâhumiditĂ© : Les pansements, les plĂątres, les adhĂ©sifs et les plis cutanĂ©s crĂ©ent tous des conditions favorables Ă la prolifĂ©ration bactĂ©rienne.
- LâimmunitĂ© altĂ©rĂ©e ou le diabĂšte, qui augmentent la probabilitĂ© quâune colonisation sâinstalle en infection constituĂ©e.
- Des appareils mal ajustés, tels que des poches de stomie ou des aides auditives, qui associent friction, occlusion et humidité.
Diagnostic : comment la dermatite eczématoïde infectieuse est diagnostiquée
Le diagnostic est clinique, et repose sur la reconnaissance du lien entre lâeczĂ©ma et un foyer voisin. La question la plus utile nâest pas lâaspect de la plaque, mais ce quâelle a Ă proximitĂ©.
Un prĂ©lĂšvement bactĂ©riologique oriente le choix antibiotique lorsquâun traitement est nĂ©cessaire, mais ne suffit pas Ă lui seul Ă poser le diagnostic : la peau de ce type est colonisĂ©e quâelle soit infectĂ©e ou non, et une culture positive nâest pas automatiquement une indication de prescription. Lâexamen direct au microscope permet dâexclure une mycose lorsque le tableau est atypique. Les tests Ă©picutanĂ©s mĂ©ritent dâĂȘtre envisagĂ©s dans les formes rĂ©cidivantes, en particulier autour des ulcĂšres et des oreilles, oĂč lâallergie de contact aux pansements, antiseptiques ou antibiotiques topiques est frĂ©quente et facilement confondue avec une infection persistante.
La biopsie est rĂ©servĂ©e Ă une plaque solitaire persistante ne rĂ©pondant pas au traitement, lorsquâil faut exclure un autre diagnostic.
SymptÎmes : à quoi ressemble la dermatite eczématoïde infectieuse
- Plaques nettement bordĂ©es qui sâarrĂȘtent brutalement plutĂŽt que de sâestomper vers la peau normale.
- Croûtes jaunes ou couleur miel sur une surface humide.
- Pustules, pouvant ĂȘtre concentrĂ©es au bord dâextension de la plaque. Ce signe est Ă©vocateur plutĂŽt que diagnostique.
- Suintement et exsudation, avec pansements ou vĂȘtements adhĂ©rant Ă la surface.
- Prurit associĂ© Ă une douleur ou une sensibilitĂ©, plutĂŽt quâun prurit isolĂ©.
- ProximitĂ© dâun foyer : Une plaie, un ulcĂšre, un conduit auditif, une stomie, une fistule ou une fissure siĂ©geant au centre ou Ă proximitĂ© de la zone atteinte.
- Plaques satellites : De plus petites zones eczémateuses apparaissant parfois à distance, y compris sur le membre opposé, comprises comme une réaction au foyer primaire.
Diagnostic diffĂ©rentiel : Ă©liminer dâautres affections
- Dermatite de contact allergique : ExtrĂȘmement frĂ©quente dans ces contextes prĂ©cis, car ces sites reçoivent des produits topiques rĂ©pĂ©tĂ©s. Elle peut remplacer le diagnostic ou, plus souvent, sây superposer.
- ImpĂ©tigo : CroĂ»tes couleur miel sâĂ©tendant rapidement, typiquement chez lâenfant, sans plaque eczĂ©mateuse sous-jacente.
- Cellulite : Extension de chaleur, douleur, sensibilitĂ© et altĂ©ration de lâĂ©tat gĂ©nĂ©ral. Elle nĂ©cessite un traitement mĂ©dical rapide, et une rougeur qui sâĂ©tend rapidement, une douleur disproportionnĂ©e, un malaise ou toute suspicion dâinfection profonde doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s en urgence.
- Eczéma nummulaire : De forme arrondie, généralement symétrique, sans foyer infectieux en son centre.
- Teigne : Bordure squameuse active avec éclaircissement central ; la microscopie les distingue.
- Lymphome cutané : à envisager devant une plaque solitaire persistante et inexpliquée.
Risques : pourquoi la dermatite eczĂ©matoĂŻde infectieuse doit ĂȘtre traitĂ©e
Sans traitement, le processus a tendance Ă sâĂ©tendre plutĂŽt quâĂ se calmer, et la peau lĂ©sĂ©e peut Ă©voluer vers une cellulite, problĂšme plus grave nĂ©cessitant un traitement systĂ©mique. Lorsque le foyer est un ulcĂšre de jambe, lâeczĂ©ma environnant ralentit la cicatrisation et Ă©largit la plaie.
Il existe aussi un risque créé par le traitement lui-mĂȘme. La peau de ce type reçoit Ă rĂ©pĂ©tition des antiseptiques, des antibiotiques et des pansements, et elle se sensibilise facilement : lâallergie de contact Ă ces produits est une complication frĂ©quente et lâune des principales raisons pour lesquelles un cas paraĂźt rĂ©fractaire. Chaque nouveau produit topique appliquĂ© sans réévaluation ajoute Ă ce risque.
Enfin, des cures rĂ©pĂ©tĂ©es dâantibiotiques prescrites pour une colonisation plutĂŽt que pour une vĂ©ritable infection contribuent Ă lâantibiorĂ©sistance sans amĂ©liorer la peau.
Conduite : quand et comment demander un traitement
Consultez un clinicien si un eczĂ©ma apparaĂźt autour dâune plaie, dâun ulcĂšre, dâune oreille qui sâĂ©coule, dâune stomie ou dâune fistule, si une plaque est croĂ»teuse, suintante ou ponctuĂ©e de pustules, ou si une zone traitĂ©e ne sâamĂ©liore pas. Consultez en urgence si la rougeur sâĂ©tend, si la zone devient chaude et douloureuse, ou en cas de fiĂšvre ou de malaise â cela Ă©voque une cellulite plutĂŽt quâun eczĂ©ma.
LâapprĂ©ciation la plus importante ici relĂšve dâun clinicien : dĂ©terminer si les bactĂ©ries prĂ©sentes entretiennent lâinflammation ou y vivent simplement. Cette distinction conditionne lâutilitĂ© des antibiotiques, et lâaspect seul ne permet pas de trancher de façon fiable.
Traitement : stratégies modernes de la dermatite eczématoïde infectieuse
- Traiter le foyer sous-jacent : LâĂ©tape qui modifie le plus souvent lâĂ©volution. Prendre en charge lâulcĂšre, lâĂ©coulement auriculaire, la fissure ou le problĂšme liĂ© Ă lâappareil. La dermatite environnante se calme frĂ©quemment avec lui, bien quâelle puisse persister en prĂ©sence dâune maladie veineuse, dâune allergie de contact ou dâune autre cause concomitante.
- Traitement antimicrobien lorsque la peau est cliniquement infectĂ©e : La dĂ©cision repose sur lâĂ©valuation clinique plutĂŽt que sur la seule taille de la plaque ou sur le rĂ©sultat dâun prĂ©lĂšvement. Les antibiotiques topiques de routine sont Ă©vitĂ©s en raison de lâantibiorĂ©sistance et du risque dâallergie de contact ; les antibiotiques systĂ©miques sont rĂ©servĂ©s aux infections cliniquement significatives, selon les recommandations locales.
- CorticostĂ©roĂŻdes topiques : Une courte cure associĂ©e au traitement antimicrobien calme lâinflammation eczĂ©mateuse pĂ©riphĂ©rique. Ils sont un adjuvant, non un substitut au traitement de lâinfection. Supprimer lâinflammation sans traiter le foyer nâapporte quâune amĂ©lioration de courte durĂ©e.
- Nettoyage doux pour retirer les croĂ»tes et permettre au traitement topique dâatteindre la peau. Les antiseptiques sont utilisĂ©s de maniĂšre sĂ©lective plutĂŽt que systĂ©matique ; leur usage rĂ©pĂ©tĂ© irrite la peau et constitue en soi une cause dâallergie de contact.
- Ămollients, en privilĂ©giant des prĂ©parations simples avec peu dâallergĂšnes potentiels.
- Pansements adaptĂ©s qui gĂšrent lâexsudat sans occlure une surface infectĂ©e.
- Réévaluation de chaque produit utilisĂ© lorsquâun cas nâĂ©volue pas favorablement, et tests Ă©picutanĂ©s lorsquâune allergie de contact est suspectĂ©e.
Prévention : réduire les récidives
- Prendre correctement en charge les plaies et les ulcĂšres, avec des pansements appropriĂ©s et un suivi plutĂŽt quâun traitement improvisĂ©.
- ContrĂŽler lâĂ©coulement Ă la source, et suivre le plan de soins propre Ă ce site â certaines plaies, stomies et affections de lâoreille nĂ©cessitent un Ă©quilibre de lâhumiditĂ© plutĂŽt quâun simple assĂšchement.
- VĂ©rifier lâajustement des appareils, des aides auditives et des pansements, car la friction et les fuites sont des causes rĂ©currentes.
- Maintenir la barriÚre cutanée autour des zones problématiques connues avec un émollient régulier.
- Limiter le nombre de produits topiques appliquĂ©s sur une peau chroniquement inflammatoire, et Ă©viter lâusage prolongĂ© dâantibiotiques topiques.
- Traiter la maladie veineuse lorsque la jambe est le site atteint.
- Ne pas gratter les croûtes, ce qui rouvre la surface et dissémine les bactéries.
La dermatite eczĂ©matoĂŻde infectieuse est lâune des formes dâeczĂ©ma les plus satisfaisantes Ă traiter lorsquâun foyer peut ĂȘtre retrouvĂ© et pris en charge. Souvent, cela est possible : une plaie, un Ă©coulement, un appareil mal ajustĂ©. La part exacte de lâinflammation attribuable Ă lâinfection, Ă la colonisation, Ă lâatteinte de la barriĂšre cutanĂ©e, Ă la maladie veineuse ou Ă lâallergie de contact est frĂ©quemment plus difficile Ă individualiser â ce qui plaide pour une réévaluation globale plutĂŽt que pour la poursuite dâun traitement cutanĂ© isolĂ©.
Image : domaine public, via Wikimedia Commons.
Relecture médicale
Dermatologue certifiée par le conseil de spécialité · Membre titulaire de l'American Academy of Dermatology (FAAD)